Introduction
Dans ses grandes lignes, l’histoire du château de Marçay est déjà connue. Chacun peut la consulter sur les sites du Château de Marçay ou de Touraine insolite. Elle s’appuie sur les recherches de bases, effectuées par Gustave d’Espinay qui les publient en 1882, dans sa Notice sur Marçay.
Cette brochure se propose de reprendre ces informations, de les regrouper et de les compléter par une utilisation approfondie de la documentation conservée au château et patiemment répertoriée et dépouillée par Philippe Berton. Elle s’appuie également sur ses nouvelles re cherches, entreprises dans les fonds municipaux et départementaux (Vienne et Indre-et-Loire).
Nous avons également tenté de rassembler une iconographie existante mais dispersée et de la compléter chaque fois que cela était possible.
Il nous a enfin semblé intéressant d’établir une relation sommaire entre la vie du château et de ses habitants et les évènements extérieurs qui ont pu influer sur son déroulement.
Un grand merci à l’association Histoire, Patrimoine, Mémoires de Marçay (HPMM) qui nous a ouvert les portes des archives privées du château dont elle assure la gestion depuis janvier 2014 et tout particulièrement à M. Miguel Hay, l’un des fondateurs et ancien président de l’association, Mme Françoise Houvenaghel qui a accepté de nous communiquer son travail sur les seigneurs de Marçay du XIIe au XVIIIe siècle et Mme Marie Guibourg dont le concours a été très utile.
Merci encore à Mme Thérèse Dereix de Laplane qui a monté les chronologies des familles Dreux, Gilbert et d’Espinay et assuré une relecture minutieuse et indispensable de ce texte.
Marçay : le château actuel
On ignore pratiquement tout d’un premier château de Marçay, simple ouvrage de défense ou véritable forteresse, élevé aux confins de la Touraine et de l’Anjou des Plantagenêt.
Érigé en position dominante, il pouvait surveiller l’ensemble de la vaste plaine du Loudunais ouverte à ses pieds. Il pouvait également contrôler les passages qui traversaient son territoire comme « le chemin de Chinon à Couesmé » ou celui « de L’Amiral pour aller de Champigny (sur Veude) à Fontevrault ».
Le château actuel, construit ou reconstruit par la famille de Faye, à la fin du Moyen Âge, est aussi l’héritier (très modifié) de celui décrit en 1599 lors d’une visite réalisée à la demande de Françoise de Batarnay.
L’arrivée par la D 116, qui relie directement Chinon à Marçay, permet de découvrir, au delà des vignes encore bien présentes, une des plus impressionnantes vues sur le château avec les deux grosses tours rondes de sa façade nord par laquelle nous allons l’aborder.
Au nord, la façade guerrière
C’est effectivement sur cette façade nord que l’on retrouve le mieux le château de la fin de la guerre de Cent Ans et des guerres de Religion, avec ses deux tours reconstruites au XVe siècle sur des bases anciennes et encore conçues pour affronter les combats (Le XVIe siècle conservera les ceintures de mâchicoulis, comme éléments décoratifs.). Toutes deux sont surmontées d’une galerie qui permettait de tourner autour et de voir de tous côtés.
On chercherait en vain la trace des douves et des larges fossés qui renfermaient les bâtiments et qui devaient passer devant cette façade. On les devine à gauche de la tour est où se trouve la descente de cave, autrefois sans doute, ouverte directement sur ces douves.
En s’appuyant sur un passage du compte rendu de visite de 1607, il est tentant (mais sans certitude absolue) de situer la chapelle (sur la gauche selon un acte rédigé vers 1800) et l’auditoire où se tenaient plaids et assises au fond de la vaste esplanade qui s’étend devant le château.
Il faut contourner le château et traverser le chemin correspondant à une ancienne entrée fermée par « une grande porte à passer des charrettes », ouvrant sur « le chemin à aller de Marçay à Rivière », pour découvrir la façade sud.
Au sud, une façade hétérogène
Elle ouvrait sur l’enclos du pont-levis, encore en état de fonctionnement en 1607, et la basse-cour protégée par de « grandes et haultes murailles », plus larges d’un côté pour tourner autour et pourvues de canonnières. Il faut un œil exercé pour déterminer les périodes de construction des différents bâtiments de cette façade très hétérogène.
Constructions et reconstructions effectuées par Luc Gilbert au début du XIXe siècle sont ici bien visibles. Elles concernent l’aile est avec sa tour et la façade du corps central, plaquée à l’avant de l’ancien corps de logis dont le mur sud se retrouve aujourd’hui à l’intérieur. On retrouve le XVe siècle dans l’aile ouest avec sa tour octogonale et le décor de choux frisés qui surmonte (ou surmontait) les fenêtres et l’élégante tourelle en encorbelle ment, suspendue au flanc de la tour.
L’entrée de la maison se faisait autrefois par cette tour, par un escalier en pierre ouvrant sur une grande chambre dont la cheminée est encore bien présente au jourd’hui.
Le parc réserve deux surprises : une porte très ancienne, sans doute l’un des derniers vestiges visibles du château médiéval, et une très belle vue sur le village et son église.
Comme tous les châteaux très anciens, Marçay a sa légende. Il se raconte qu’autrefois, une châtelaine courait la nuit sous la forme d’un loup-garou. Un fermier l’abattit, mais, au petit ma tin, au lieu de l’animal monstrueux, il trouva une femme couverte d’un linceul blanc qu’il enterra secrètement. Selon une variante, les gens du château auraient poursuivi le loup-garou pendant plusieurs nuits avant de pouvoir le tuer et la pauvre châtelaine, blessée et reprenant sa forme humaine, aurait dit en expirant : « Peut-on tuer une mère de famille ? ». Depuis ce temps, elle revient toutes les nuits couverte de son linceul et traverse les cours en poussant des cris plaintifs.
Les seigneurs connus de la forteresse médiévale
Les premiers seigneurs connus seraient deux chevaliers, Gaudin (ou Guy) de Ramefort, évoqué en 1213, puis Hugues de Baussay, cité en 1260 et 1284.
Célestin Port précise que le domaine de Ramefort est situé sur l’actuelle commune de Blou (Maine-et-Loire) dont la famille porte le nom. Au XIIIe siècle, il appartient à cette famille, descendante d’Étienne de Marçay, sénéchal d'Anjou et trésorier du roi Henri II Plantagenêt, fondateur de l’Hôtel-Dieu d’Angers, tombé en disgrâce à l'époque de Richard Cœur de Lion.
En ce début du XIIIe siècle, l’Empire Plantagenêt se disloque sous les coups de boutoir du roi Philippe Auguste, vainqueur de Jean sans Terre, roi d’Angleterre, mais vassal du roi de France pour ses possessions continentales. Suivant l’exemple du sénéchal Guillaume des Roches, la plupart des seigneurs d’Anjou l’abandonnent après la disparition de son neveu, Arthur de Bretagne, considéré par beaucoup comme le véritable héritier de son grand-père Henri II, après le décès de Richard Cœur de Lion.
Ainsi Gaudin de Ramefort, qui figure en 1202 dans le serment de fidélité prêté à Jean sans Terre par Guy de Châtillon, rallie Philippe Auguste en 1209, cautionné par l'un des plus puissants seigneurs du Loudunais, Hugues VI de Bauçay, garant de sa fidélité envers le roi de France.
En 1213, comme cinquante cinq seigneurs du Maine, de la Touraine et de l’Anjou, ils sont récompensés de leur ralliement en figurant dans la liste des nouveaux seigneurs bannerets, autorisés à porter leur bannière dans les armées du roi à condition d’y amener cinquante lanciers au moins, pris parmi leurs vassaux, sans compter les archers et les arbalétriers.
Vers 1240, le mariage d’Emma de Blou avec Guy de Bauçay aurait fait passer Marçay, Blou et Champigny-sur-Veude, dans la famille de Bauçay. Guy, comme son frère aîné Hugues VIII, son neveu Hugues IX, et le roi louis IX (Saint Louis), lui-même, devaient mourir à Tunis, en 1270, lors de la huitième croisade.
Entre Moyen Âge et Renaissance : les de Faye
D’après Beauchet-Filleau, les de Faye sont une famille chinonaise et loudunaise où ils sont seigneurs de Velort (commune de Beaumont-en Véron), Marçay et Chaveignes (Chavagne, commune de Ceaux-en-Loudun).
Un premier Jean de Faye, cité comme écuyer, seigneur de Velort aurait possédé Marçay vers 1350. Un de ses descendant, également prénommé Jean, apparaît en 1405 dans un aveu pour son « son fief de Marçay appelé anciennement le fief de Bauçay », confirmant les liens entre les deux seigneuries qui perdurent jusqu’au milieu du XIVe siècle.
Cet acte ne concerne pas le château mais ses terres, plusieurs passages sont cependant intéressants. Contrairement à tous les aveux qui vont suivre, il n’est pas directement adressé au roi de France dont relève pourtant la majeure partie du domaine (dont le château), mais à Louis II, duc d’Anjou (1377-1417), neveu de Charles V, et seigneur apanagiste de Loudun : « À vous, très puissant et très excellent prince… le Roy de Hierusalem, de Sicille, duc d’Anjou, comte du Maine et seigneur de Loudun. Je, Jehan de Faye, escuier, tient et avoue tenir au regard de vostre chastel et chastellenie du dit lieu de Loudun, à foi et homaige lige et à trente jours de garde… mon fief de Marçay appelé anciennement le fief de Bauçay ». On retrouve également dans cet acte l’emprise de l’archevêque de Tours qui possède de nombreuses pièces de terre sur Marçay, dans « une euvrée de terre joignant à mon cloux de vigne lequel je tiens de Monseigneur d’Arcevesque de Tours » ou, plus loin, le « pré du dit Monseigneur l’arcevesque de Tours ». Enfin, on découvre des unités de mesure, particulièrement difficiles à définir parce qu’éminemment variables, et qui semblent avoir été délaissées par la suite. Ainsi, pour les superficies, à côté de l’arpent communément utilisé, on trouve l’euvrée (ou ouvrée, ou œuvrée), représentant la quantité de terre qu’une personne peut travailler en un jour. Cette très petite mesure oscille le plus souvent entre 3 et 5 ares pour la vigne, voire plus s’il s’agit de prés ou de bois. Pour les capacités, à côté du « bouessau » (boisseau), l’acte fait mention du provendier, soit la quantité de grain donnée à une bête pour sa nourriture quotidienne.
Les de Faye se succèdent à Marçay jusqu’en 1525, date à laquelle René II de Faye et son épouse Jeanne d’Averton, vendent à René de Batarnay « l'hostel noble, fief, terre, seigneurie et justice de Marsay… en pays de Loudounoys », avec ses métairies et tout ce qui en dépend, pour la somme de 3 107 écus et 898 livres (soit 10 279 livres) et 12 sols.
Le 9avril 1525, Marçay change de propriétaires : « … noble personne, René de Faye, es cuyer, seigneur de Marçay, et damoi selle Jehanne d’Averton, sa femme… » vendent à « Noble escuyer René de Batarnay, enffant d’honneur du roy, baron du Bouchaige et d’Authon, seigneur de Montrésor, du Bridoré et de Moullins en Berry… », le jeune acheteur, étant représenté par « noble homme Philbert Gasté, seigneur de Laubépin, son maistre d’hostel et procureur substitué… », l’hôtel noble, fief, terre, seigneurie et justice de Marçay avec les métairies de Marçay, La Tourette, La Barangerie et La Baraudière, le bois de La Rivière, les bois tant de haute futaie, taillis, garenne que autres, prés, vignes, cens, rentes, jardins, ouches, clôtures, hommes, hommages, moulins, étangs, pêcheries et toutes autres choses mouvant et dépendant de ladite seigneurie. La vente est faite pour la somme de 3 127 écus et 898 livres (10 279 livres) et 12 sols. Elle comprend de multiples clauses et notamment la possibilité, pour les vendeurs, de retirer les choses vendues en remboursant le prix de l’acquisition et des mises et frais engagés par l’acheteur. L’acheteur s’engage à faire « les foi et hommages qui sont dus au roi notre sire, à cause de son château de Loudun » et à verser « 25 sols tournois et sept septiers de froment de devoir actuel, le tout pour chacun an, dus à mon seigneur l’Archevêque de Tours, à cause de sa seigneurie qu’il a en la paroisse de Marsay, à cause d’un certain lieu de présent loué à ladite seigneurie de Marsay ». L’acte est passé à Chinon, « en la maison de l‘hostellerie où pend pour enseigne la corne de cerf, au bourg Saint Jacques… le neuviesme jour d’avril, l’an 1525, avant Pasques ».
Les de Faye, seigneurs de Marçay, croisent l’histoire du Loudunais en 1518, lorsque, sur ordre du roi François 1er, « prelatz, gens d'Eglise, Nobles homes tenans Baronnies, Chastellenies, et autres Seigneuries, notables et bons practiciens… » sont convoqués dans la grande église des Cordeliers de Loudun, pour rédiger la Coutume du Loudunais.
René, « seigneur de Marczay et de Chavaignes », est appelé comme possesseur de ces deux fiefs situés, l’un et l’autre, dans le bailliage de Loudun.
On doit aux de Faye la reconstruction du château dont les parties les plus anciennes, notamment trois tours datent du XVe siècle, voire du début du XVIe pour la grosse tour ouest. Contemporaine de cette reconstruction, et sans doute sa touche finale, « la chapelle St Jean Baptiste proche le cœur de l’églize de Marsay » est fondée en juin 1510, par René II. Lui et ses successeurs ne manqueront pas d’en revendiquer le titre de patrons et présentateurs comme nous le verrons plus loin.
Les seigneurs de la renaissance : les Batarnay
Avec les Batarnay, Marçay entre dans une famille prestigieuse et proche du pouvoir dont l’ascension sociale commence avec Imbert, seigneur de Charmes et de Bouchage, au milieu du XVe siècle.
À l’origine de la fortune familiale : Imbert de Batarnay
Né vers 1438, Imbert de Batarnay est l’un des sept enfants d’une famille dauphinoise de noblesse ancienne mais sans grand fortune. Selon le père Hilarion de Coste (1595-1661) cité par Gustave Rivoire de La Bâtie, son destin aurait basculé en 1455 lors d’une rencontre fortuite avec le dauphin Louis, fils de Charles VII et futur Louis XI
« comme nostre Louis se retiroit en Daufiné, & alloit de Moras à Roman, il s'arresta en un vallon sous le chasteau de Batarnay pour prendre le frais & demanda quelque rafraischissement en l'ardeur de la saison, & en l'ennuy du chemin, le seigneur de Batarnay luy en fit apporter, & luy vint faire la révérence ; il menoit avec luy Imbert, son fils, qui estoit encore jeune homme & portoit un oiseau qu'il fit voler & prit quelque perdreau. Le Daufin y prit plaisir, luy commanda de le venir trouver à Roman, & qu'il avoit envie de faire encore voler cet oiseau. Il y alla, il pleut à ce prince qui le demanda à son père & dès lors ne l'abandonna jusqu'à la mort…»
À peine devenu roi, Louis XI récompense les services du jeune Imbert de Batarnay alors âgé de 23 ans. Garde et capitaine des places de Blaye et de Dax en Guyenne en 1461, seigneur de Bouchage par son mariage avec Georgette de Montchenu en 1462 (malgré la farouche opposition de son beau-père mais avec l’appui du roi qui érige Bouchage en baronnie en 1478), capitaine de la forteresse du Mont-Saint-Michel vers 1464, chambellan et conseiller du roi en 1468, il est devenu l’un des grands personnages du royaume de France. Après la mort de Louis XI, en 1483, Imbert continue de servir ses successeurs, Charles VIII, Louis XII puis François 1er qui le confirme dans ses charges, états, places et prérogatives et lui confie la charge de gouverneur de son fils le dauphin François en 1518. Le 12 mai 1523, à 85 ans, Imbert expire à Montrésor (Indre-et-Loire), laissant un patri moine considérable et une descendance promise à un grand avenir. Au cours de sa longue vie, par acquêts et surtout dons royaux en récompense de ses services, Imbert de Batarnay a accumulé les biens : places, capitaineries, seigneuries, titres (barons, comte, etc.), avec tous les avantages qui leur sont attachés. En 1525, Marçay viendra compléter ce patrimoine.
René de Batarnay, cousin du roi de France
Dernier fils vivant d’Imbert et de Georgette de Montchenu, François (M. d’Anthon) n’a que douze ou treize ans en 1502 lorsque son père lui choisit une épouse dans une vieille famille tourangelle d’extraction féodale. Le 24 janvier 1507, à Montrésor, François épouse Françoise, fille de François de Maillé et de Marguerite de Rohan-Guémenée.
Imbert peine à mettre son fils en possession de la part qui revient à Françoise de Maillé dans l’héritage de son père, mort en mai 1501 et dont la succession est fort opaque. Ce n’est que le 13 février 1509 qu’un partage attribue à Françoise les deux tiers de la seigneurie de Baussay en Loudunais et celles de Champchevrier, Rillé et La Ferrière en Touraine qu’elle doit partager avec sa sœur aînée, également prénommée Françoise.
François n’a pas 30 ans lorsqu’il meurt à Corbie le 9 novembre 1513, avant la fin de la campagne de Thérouanne. Il laisse deux enfants : Anne, née vers 1510 et René né un mois avant la mort de son père, le 2 octobre 1513. L’orphelin est élevé comme enfant d’honneur du roi, sous la tutelle de son grand-père. Dès 1512, un traité négocié entre Imbert de Batarnay et René de Savoie, fils naturel légitimé du duc Philippe II (1438-1497), prévoit le mariage de leurs enfants, René (5 ans) et Isabelle (6 ans). À partir de 1518 et selon la coutume, cette dernière viendra vivre à Montrésor jusqu’à la date de son mariage, probablement aux environs de 1530.
Les Batarnay sont entrés dans la famille prestigieuse des ducs de Savoie. Cependant, moyennant la promesse de recevoir 50 000 livres tournois que la veuve de René de Savoie, Anne de Tende, s’engage à leur verser le jour de leur mariage, les nouveaux époux doivent renoncer à toute prétention ultérieure sur la succession familiale, au profit de Claude, fils aîné de René.
René de Batarnay est devenu l’un des plus grands seigneurs du royaume, capitaine et gouverneur du Mont-Saint-Michel, gentilhomme de la chambre du roi, chambellan du roi mais également seigneur de Batarnay, Margès et Charmes, baron d’Anthon et du Bouchage, seigneur de Montrésor, Bridore et Moulins, en Berry. Comme son grand père, grand serviteur de plusieurs souverains, René bénéficie de la faveur royale : au mois de mai 1540, François 1er érige en baronnie la seigneurie d’Auberive en Dauphiné et en comté la baronnie du Bouchage. René de Batarnay est aussi un seigneur loudunais. Si Bois-Preuilly lui échappe, dévolue à sa sœur Anne, il est, « seigneur des deux parts de Baussay » et, depuis 1525, seigneur de Marçay.
Marçay dans le patrimoine des Batarnay
En 1525, René n’a que 12 ans. L’achat de Marçay, qui a peut-être été projeté par son grand-père Imbert, a sans doute été négocié par ses tuteurs, Jacques de Beaulne, baron de Semblançay et bailli de Touraine et René de Savoie, son grand-père paternel.
En 1599, le domaine appartient à Françoise, fille ainée de René. À sa demande, une visite a lieu le 23 mars pour faire le bilan des nombreux dommages qu’il a subi à cause de la négligence du fermier affirme la dame de Bouchage, Montrésor et Marçay, à cause du passage des gens de guerre prétend André Cochard, le fermier incriminé.
Avant même le début de la visite, par la voix de son procureur, Me Isaac Dusoul, « honorable homme » André Cochard, fermier du domaine, refuse toute responsabilité dans « des démolitions et ruines » qui pourront être constatées. « Elles sont arrivées pendant les guerres qui ont toujours eu cours pendant les années de ses fermes, tant à cause des garnisons qui ont esté mises audit chatel par Monsieur de Chavigny pour empêcher le cours des ennemis du Roy » que pendant « le séjour qui y auroist esté faist par Monsieur de La Trimoulle et ses gens qu’y auroist séjourné en l’année mil cinq cent quatre vingt dix sept, huist ou quinze jours, gasté et con sommé tous les fruitz que ledit Cochard y avoist retirés. » Il rappelle que « tous les habitans de la paroisse de ce dist lieu et autres circon voisins se sont tous jours retirés pour estre en sûreté des soldats et gens de guerre et y auroit retiré leurs bestiaux qui pouroist avoir faist quelque dom mage.» Jehan Debana, procureur de Françoise de Bastarnay, attribue l’essentiel des ruines au défaut d’entretien. « Les quelles ruines ne peuvent estre arrivées [par la faute] des gens de guerre qui n’ont entré en ce lieu, fors mondist sieur de La Trimoulle qui a respecté le lieu et n’a souffert aucune ruine. » D’autre part, le maçon fait remarquer que la ruine du galletas est advenue depuis longtemps et, à son avis, à cause que le fondement a bougé un peu, dès la construction du logis. Au moment de la visite de la métairie de La Rivière, les experts, appuyés par un laboureur de Marçay, confirment une partie des observations d’André Co chard en déclarant « qu’il y a douze ans ou environ qu’il ne demeure aucun métayer en ladite métairie, à cause des guerres qui ont eu cours… » Françoise de Bastarnay « remontre » qu’André Cochard, avait la charge d’en tretenir Marsay de bonnes réparations pendant sa ferme qui est finie et qu’il ne l’a pas fait.
Nous circulons sur le domaine en compagnie des procureurs des deux intéressés, absents l’un et l’autre, et des experts, maçon, charpentier, maîtres couvreurs, chargés de l’évaluation des dégâts, en commençant par « Le galletas estant au-dessus de la chambre rouge », les greniers dont l’un, « en haut de la vis » a vue sur « le clous de la fuie » et l’autre, au sommet de la tour qui regarde le « jeu de paulme ». Dans une petite chambre, « a esté faist une canonnière en la cheminée pour la deffense du chemin ». Nous passons ensuite par la « cuisine basse » qui communique avec la cour de la tour de la basse fosse, puis la galerie, avant d’arriver à la chapelle. Sont également évoqués un jeu de bille, le « pont levant » et le « pont dormant », le logis des prisons, « les maschicoullis de l’antrée du chasteau autrement apellés les corbeaulx », etc.
Que ce soit le château, ses abords ou les métairies de La Rivière, de La Barangerie ou de La Tourette, il n’est question que du ravage des eaux de pluie, faute de couverture, de murs « fondus » ou « débousillés », de sols décarrelés, de vitres brisées, de murailles effondrées, d’étables sans couverture ni charpente, de terres en friche, de bois où les jeunes pousses ont été mangées par les bestiaux, etc.
Les réparations sont sûrement terminées en 1605, au moment où Henri de La Chastre, comte de Nançay, bailli et capitaine du château de Gien, rend aveu pour lui, Gabrielle de Batarnay, sa mère, et Françoise, sa tante, pour les terres et seigneuries de Marçay et des deux tiers de Baussay. Dans l’inventaire dressé en 1607, à la demande du nouveau propriétaire, Simon Le Bossu, il ne reste aucune séquelle des dommages relevés en 1599.
Les Le Bossu, seigneurs du XVIIe siècle
Quelques mois après le dernier aveu des Baternay, Simon Le Bossu est devenu « seigneur du chasteau fort, terre et seigneurye de Marsay ». Le 6 juillet 1606, il rend aveu au roi Henri IV « pour raison de la Seigneurie, Maison et Chasteau fort de Marcé ». L’année suivante, l’arpentage réalisé à sa requête, donne une image précise d’un château remis des destructions de 1599 mais encore très marqué par son passé dont il conserve ses hautes murailles, les douves, le pont-levis, l’ancienne tour carrée et sa basse fosse destinée aux prisonniers, sa chapelle et l’auditoire où se tenaient les assises seigneuriales. Les nouveaux seigneurs s’impliquent très vite dans la vie paroissiale.
Des paroissiens fidèles et attachés à leurs prérogatives seigneuriales
Dès « may » 1609, l’épouse de Simon, Marie « Boiste » (ou Bouette), est marraine. « Le 17ème jour de janvier 1614 », Marie Boiste, « dame… et seigneuresse de ce lieu… par procuration », donne son nom à la grosse cloche de l’église (410 livres), livrée par Jacques Lamy, marchand fondeur à Saumur. On retrouve régulièrement les différents membres de la famille dans les registres parois siaux jusqu’au début du XVIIIe siècle. Alexandre-Louis Le Bossu, petit-fils de Simon, entre en conflit avec Anthoine de Mondion, « chevallier, seigneur de Mespied et Chavagne », pour le titre très honorifique de patrons et présentateurs de « la chapelle St Jean Baptiste proche le cœur de l’églize de Marsay », fondée en juin 1510 par René de Faye.
Le premier agit comme seigneur de Marçay, le second comme descendant du fondateur.
Un arbitrage, rendu à Loudun, le 12 janvier 1660, partage ce droit entre les deux protagonistes qui l’exerceront alternativement, les seigneurs de Marçay bénéficiant des droits de litre, armes, bancs, sépultures et autres droits honorifiques en ladite chapelle comme étant dans leur paroisse, bâtie pour eux et pour leur communauté.
Quelques années plus tard, en 1666, dans le cadre de « la grande enquête sur la noblesse » le même Alexandre-Louis demande à être maintenu dans sa qualité d’écuyer. Signe de la confusion qui peut régner dans ce domaine, les titres que s’attribuent les Le Bossu dans les registres paroissiaux. Simon est qualifié de « noble homme » en 1609, son fils Séraphin prétend au titre de « chevallier » en 1645, 1646 et 1650. Alexandre-Louisse dit « écuyer » en 1657 et dans sa demande de confirmation de 1666, mais il arbore le titre de « chevallier » en 1669.
Le passage de Marçay chez les Le Bossu est très vite marqué par des difficultés financières imputables, au moins en partie, à des partages successoraux contestés et à une accumulation de charges financières.
Des difficultés financières chroniques
En 1625, dans une déclaration, Jean Robert, fils aîné de Simon, est l’éphémère propriétaire de Marçay. La même année, le domaine (estimé 36 000 livres), ainsi que le gouvernement de Gien (22 000 livres), sont attribués à son frère Séraphin. À la mort de ses parents, Marie Bouette en 1641, Simon vers 1643, Séraphin qui s’estime lésé entame une série de procédures encore en cours au moment de son décès. Ces procès contribuent à fragiliser une situation déjà précaire.
Pour l’accueil de trois de leurs filles dans l’ordre de Saint-François et de Sainte-Élisabeth du couvent de Notre-Dame de Bonne-Espérance de Champigny-sur-Veude, Séraphin et son épouse Élisabeth Tronçon doivent également verser 1 000 livres d’entrée et 135 livres de pension annuelle chacune pour Marguerite et Marie à partir de 1645, 1 200 livres d’entrée et 150 livres de pension viagère pour Madeleine à partir de 1656.
Les demoiselles renoncent ainsi aux droits de succession, auxquels elles auraient pu prétendre, mais Séraphin Le Bossu engage « tous ses biens meubles et immeubles présents et à venir en quelques pays et lieux qu’ils soient assis et situés » pour en garantir le paiement.
En 1661, en raison de son âge et de son état de santé, la veuve de Séraphin, Élisabeth Tronçon, abandonne tout ce qui lui vient de la succession de son défunt mari au profit de Alexandre-Louis, seigneur de Marçay, fils ainé et principal héritier, et de ses sœurs, Louise, Élisabeth et Catherine, tous représentés par leur procureur, leur oncle paternel, François Le Bossu, seigneur de Beaufort. Avec l’accord de ses enfants, Élisabeth Tronçon ne conserve que ce qui est nécessaire à son logement et à son entretien.
Une estimation des biens, réalisée le 28 mars 1661, attribue aux filles cadettes la maison et métairie de La Baraudière (4 266 livres) et la maison appelée « Le Grand Jardin », située sous l’église de Marçay, avec son jardin renfermé de murs, dans lequel il y a plusieurs arbres fruitiers (500 livres).
Les biens restant demeurent la propriété du seigneur de Marçay, avec le château, ses dépendances dont le jardin, ainsi que « le vol du chapon » de 18 boisselées, étant autour.
Les problèmes financiers, générateurs de longues procédures, font partie de l’héritage d’Alexandre-Louis. Aux créances venues de ses parents (obligations souscrites par Simon Le Bossu, vers 1620, auprès des Ursulines de Loudun, pensions à verser pour ses sœurs religieuses), s’ajoute une rente annuelle consentie par sa mère à Mre Urbain Debourg, prieur et commendataire de Notre-Dame des « Châteaux de La Vallière en Anjou » pour laquelle, en 1677, il doit abandonner une maison du bourg de Marçay, acquise par Élisabeth Tronçon vingt ans auparavant
Lancées par les dames de Champigny, les premières menaces sérieuses de saisies commencent en 1667. Elles se répètent en 1669 puis 1674, 1676 et 1682. Le dernier acte débute le 24 janvier 1685, lorsque Guillaume Dreux, seigneur de Bellefontaine, se subroge en lieu et place des Ursulines, pour recouvrer leurs créances. Après un procès qui s’étend sur plus d’un quart de siècle, et dont vont hériter la veuve d’Alexandre-Louis et ses filles, Marçay va changer de main.
Les Dreux, derniers seigneurs de Marçay
D’après Beauchet-Filleau, les Dreux de Marçay, seraient issus d’une famille établie à Chinon dès le XVème siècle. Selon une tradition, ils auraient la même origine que les Dreux-Brézé, dont ils portaient le blason au XVIIe siècle. Cependant, aucun renseignement ne permet de corroborer cette hypothèse.
Les liens entre les Dreux et Marçay sont anciens. Dans la seconde moitié du XVIème siècle, un Guillaume Dreux, seigneur de la Garde et du Gasteau, possédait la maison et seigneurie du Puy-Girard qui dépendait de Marçay.
Un siècle plus tard, son petit-fils, un autre Guillaume, seigneur de Bellefontaine s’implique, avec une ténacité redoutable, dans les longues procédures de saisies entreprises contre les Le Bossu de Marçay. Il n’en verra jamais la fin.
Marçay dans le patrimoine des Dreux
Guillaume Dreux décède le 8 octobre 1707. Les droits qu’il a accumulés en reprenant les créances des Ursulines, se transmettent à ses héritiers, ses neveux et ses petits neveux, qui vont recueillir le fruit de son obstination
L’affaire n’est pas encore réglée, le 12 mai 1719, lorsqu’un arrangement familial partage les droits venus de la succession de Guillaume « pour raison des créances qu’il pouvait avoir, tant en principaux qu’intérêts sur la terre et seigneurie de Marçay », entre Charles Odard, seigneur de la Fuye et Françoise Dreux son épouse, d’une part, et Marie Dreux, d’autre part.
Le 7 avril 1723, par arrêt rendu par la première chambre du Parlement de Paris, Marçay, vendu par adjudication pour la somme de 35 000 livres, devient, enfin, la propriété des deux cousines Françoise et Marie Dreux. Quelques semaines plus tard, par actes sous seing privé des 2 juin et 6 août, les deux femmes revendent leurs parts respectives à Pierre Dreux, pour un montant de 23 333 livres. Marie décède le 29 octobre 1723 à Paris et Françoise, le 15 septembre 1724.
Le 2 janvier 1748, la fille de Pierre Dreux, Marie-Anne, épouse de Charles Henri d’Arcemale, chevalier, seigneur marquis du Langon, se porte héritière, sous bénéfice d’inventaire, de son frère, Pierre Charles, seigneur de Marçay, capitaine au régiment de la Tour-du-Pin, tué à la bataille de Lawfeld, le 2 juin 1747. L’inventaire révèle un domaine important comprenant de nombreuses terres et plusieurs métairies.
Après une longue période, financièrement compliquée, Marçay et son domaine trouvent chez les Dreux, des propriétaires aux finances moins troublées, qui pourront conserver le domaine jusqu’en 1802.
Contrairement aux Le Bossu, les Dreux ne semblent pas avoir souvent résidé à Marçay.
Des seigneurs lointains ?
La signature de Pierre, nouveau maître des lieux et parrain en 1726, reste une exception dans les registres paroissiaux.
En 1890, Gustave d’Espinay signale une bénédiction de cloche fondue au milieu du XVIIIe siècle, et « cassée depuis l’année précédente », sur laquelle il a relevé l’inscription « Jacques Hilaire Thomas, prêtre, curé de Marçay, parrain, haut et puissant seigneur, messire Antoine Charles Henri D’Arcemalle, Mouzeuille, Vaugaudry, Le Plessis et autres lieux, marraine dame Geneviève Marie de Beaulieu veuve de messire Pierre de Dreux, écuyer, seigneur de Marçay, conseiller et secrétaire du roi, maison et couronne de France 1757 ». Curieusement, cette cérémonie ne figure pas dans les registres à la date indiquée.
Si le domaine est d’un bon rapport, le château, apparemment négligé, est « pour la majeure partie en ruine » en 1775 dans l’aveu que Marie-Anne Dreux rend à « Louis Seize, Roi de France et de Navarre » pour son « fief, terre et seigneurie de Marsay » qu’elle tient « à titre successif de feu messire Charles Dreux », son frère.
Les dégradations s’accentuent pendant la période révolutionnaire, causées par le vandalisme militant (martelage du décor flamboyant des mâchicoulis de la tour ouest), mais surtout par l’abandon dont les marques sont particulièrement visibles dans une description effectuée vers 1800. On y trouve des bâtiments et des murs en ruine, des portes détruites ou sans vantail, une chapelle à demi découverte, des croisées sans vitres ni fermeture, des sols sans planchers, une écurie sans crèche ni râteau et plusieurs arbres en partie morts.
Le 6 messidor de l’an 10 (25 juin 1802), le domaine est vendu aux enchères par les nombreux héritiers de Marie-Anne Dreux, veuve de Charles Antoine Henry d’Arcemal du Langon. Après plusieurs enchères et pas moins de sept bougies allumées, Luc Gibert l’emporte pour la somme de 18 200 F. Pour Marçay, une nouvelle ère commence.
Luc Gilbert, la renaissance de Marçay
Lorsque la Révolution éclate, la famille Gilbert est en pleine ascension sociale.
Une ascension sociale exemplaire
Le grand-père, Luc I, époux de Jeanne Boinard, est marchand salpêtrier dans les régions de l’Île-Bouchard et de Chinon. Leur fils, Luc II, devient marchand-fermier, administrateurs de domaine seigneuriaux et ecclésiastiques (à l’Abbaye de Beaumont notamment). Il achète des biens immobiliers, seigneuries et autres domaines. Une charge de conseiller du roi lui permet de se prévaloir du titre d’écuyer. Le fils du marchand salpêtrier vient de se hisser dans la noblesse.
Associé à son père, Luc III continue d’améliorer sa position et d’accroître ses biens autour de Richelieu, l’Île-Bouchard et Chinon, notamment du côté de Marçay et La Roche-Clermault en profitant de l’implantation de ses beaux-parents, les Baudoin, qui ont acheté le domaine de Fontenay, le 28 décembre 1751. À la mort de Jean Baudoin, le 24 avril 1769, ce domaine devient la propriété de sa fille Marie-Élisabeth, épouse de Luc III. C’est l’amorce d’une véritable implantation dans la paroisse. Devenu « seigneur de Fontenay », Luc III achète à Joseph-Louis Vincent de Mondion la chapelle gothique de l’église paroissiale, le 9 novembre 1777.
Le couple habite d’abord Chinon où il possède une maison dans la paroisse Saint-Mexme. Deux garçons sont nés en 1770 et 17732. Après avoir assuré leur éducation, leur père les envoient faire leurs « hautes classes », l’un à Poitiers, l’autre à La Flèche. L’avenir semble assuré.
Dans la bourrasque de la Révolution
Luc III vit activement les derniers jours de l’Ancien Régime. En 1789, son frère Jean-Chrisostome lui donne pleins pouvoirs pour comparaître à sa place à l’assemblée de la noblesse du bailliage de Loudun.
Dans les mois qui suivent, il s’engage dans la vie municipale chinonaise et sa nouvelle administration. Il devient commissaire du district de Chinon, secrétaire de la commune et commandant de la garde nationale dont ses enfants sont officiers. Il est également juge du tribunal.
Il fait l’acquisition de biens nationaux pour un montant de 49 000 livres. Sa position sociale et financière suscite sans doute bien des jalousies mais c’est l’évolution des événements qui va porter un coup d’arrêt à cette réussite.
Luc IV et Jean-Baptiste, partis tous deux pour Paris où ils logent rue Saint-André-des-Arts, décident de changer de domicile. On est le 10 août 1792. Ils sont aperçus dans la foule, au cours de la matinée, puis disparaissent. Les premières recherches de leurs parents sont vaines mais Luc III et son épouse doivent bientôt faire face à d’autres problèmes. Le 29 mars 1793, une dénonciation au district, par « des gens mal intentionnés et voulant sa ruine », reprend les bruits selon lesquels « ses enfants se seraient émigrés ». Luc III est astreint à résidence avant d’être emprisonné à Tours puis à Loches et à Blois, à partir du 4 mai 1793. L’administration révolutionnaire met sous séquestre ses nombreux biens qui subissent mauvaise gestion et spoliations de la part des métayers qui les exploitent.
Le 17 prairial de l’an IV (5 juin 1796), il retrouve sa liberté et les scellés sont levés. Il reprend alors ses affaires en main et entreprend des procédures pour obtenir réparation des dégradations, spoliations et non règlements des baux.
On ne sait ni ce qui s’est réellement passé le 10 août 1792 et dans les années qui suivent. Selon une déclaration de Luc III, vers le mois de floréal de l’an V, les deux fils reprennent contact avec leur père. Avertis de leur inscription sur la « liste fatale » des émigrés, ils jugent prudent de ne pas se signaler aux autorités. Leur réapparition devient officielle sous le Consulat (novembre 1799-mai 1804), après l’amnistie promise par Bonaparte aux « rebelles de l’Ouest » en décembre 1799, puis la promulgation du sénatus-consulte du 6 floréal an X (26 avril 1802) qui organise le retour des émigrés,tout en préservant les droits des acheteurs de biens nationaux et ceux de l’État sur certains biens mis sous séquestre. Le 13 frimaire an IX (4 décembre 1800), Jean-Baptiste Gilbert est déclaré « amnistié de la Vendée » et le 18 germinal an XI (8 avril 1803), son frère Luc IV, amnistié « pour fait d’émigration », retrouve « la jouissance de ceux de ses biens qui n’ont été ni vendus, ni exceptés par l’article XVII du sénatus consulte ». Entre temps, les Gilbert ont quitté Fontenay pour s’installer dans le « ci devant château de Marçay », acheté en 1802.
Les Gilbert à Marçay
Un des premiers soucis de Luc III, nouveau châtelain, semble être de faire clore son domaine en faisant relever les portions de murs effondrées et refaire les portes détruites.
L’étape suivante est la remise en état, voire la reconstruction des bâtiments, notamment l’aile sud-est et sa tour octogonale. Trop endommagée ou jugée inutile, la chapelle du château disparaît, remplacée par la chapelle seigneuriale de l’église Saint-Pierre acquise en 1777.
En 1814, son ralliement à La Restauration vaut à Luc III « la décoration du Lys », créée pour la garde nationale parisienne mais rapidement étendue à tout le territoire pour fidéliser les notables. En juin 1816, il est nommé maire de la commune.
Luc III et son épouse décèdent à Marçay en 1817, à quelques mois d’intervalle. Après la mort de sa femme, et celles de ses deux fils, Luc III, dont les deux fils ont disparu en 1807 et 1812, fait donation d’une grande partie de ses biens à son frère, Jean-Chrisostome, et à ses neveux et nièces. Sa nièce Ursule Marie Montault, épouse de Nicolas d’Espinay depuis 1790, hérite de Marçay. Le domaine ne quittera pas la famille avant la dernière partie du XXe siècle.
Les d'Espinay
Originaires de Normandie, les d'Espinay s’implantent à Loudun en 1609, avec l’arrivée du pasteur Nicolas d'Espinay, dont le père, également prénommé Nicolas, a été anobli par Henri IV l’année précédente pour services rendus pendant les guerres. On doit à son descendant Gustave la copie de la lettre d’anoblissement avec les armoiries qui lui sont accordées.
Les d'Espinay à Marçay
Lorsqu’elle hérite de Marçay, après la mort de son oncle Luc Gilbert, Ursule Marie Montault est veuve d’un autre Nicolas d’Espinay, qu’elle avait épousé à Lièze en 1790.
En juin 1821, elle transmet le domaine à son fils aîné, Nicolas, au moment de son mariage avec Rose Sophie Zélina de Villiers. Après la mort de son époux, en 1851, Rose Sophie Zélina, conserve l’usufruit de Marçay jusqu’à son décès en 1880.
Sa succession est assez compliquée, tant par le nombre de ses héritiers, pas moins de huit, concernant ses biens propres, que par ses dispositions testamentaires qui soulèvent quelques contestations entre toutes les parties concernées.
Les biens propres de Zélina sont vendus par adjudication. Ceux venant des successions de Nicolas d’Espinay, son mari, d’Ursule Montault, sa belle-mère, ainsi que ceux de Laure Normand, la veuve de Célestin, qui n’avaient pas fait l’objet de régularisations, font parties des partages du 31 décembre 1881 entre Gustave et Marcel pour moitié et Marie Madeleine d’Espinay, leur cousine, fille d’Eugène, elle aussi pour moitié.
Gustave et Marcel héritent de Marçay qui restent dans l’indivision jusqu’au 14 décembre 1895, date à laquelle, les deux frères partagent leurs biens. Le premier lot qui comprend le château de Marçay et ses réserves, la ferme du château de Marçay, la ferme de L’Essard à Brain-sur-Allonne (49), des bois taillis sur Marçay, échoit à Gustave Marie.
Deux ans plus tard, en 1897, Gustave Marie et son épouse procèdent à un nouveau partage en faveur de trois de leurs enfants, excluant leur fille religieuse dédommagée financièrement. Henri Nicolas reçoit Marçay dont ses parents se réservent l’usufruit durant leur vie, mais qu’ils abandonnent en 1901.
Henri Nicolas décède le 11 août 1922 dans son château de Marçay, laissant Germaine Icéry, sa veuve, commune en bien d’acquêts1 et usufruitière du quart de ses biens, et ses cinq enfants, dont les trois derniers sont mineurs, sous la tutelle de leur mère, conjointement pour le tout et chacun pour un cinquième.
La liquidation de la communauté porte sur plusieurs domaines dont le château de Marçay et ses réserves, la ferme du château, une maison située dans le bourg et plusieurs métairies localisées dans le Maine-et-Loire. Elle comprend aussi de nombreuses valeurs boursières, une jument d’une valeur de 500 F, une autre pour 1 100 F, une pour 2 500 F, trois vaches pour 3 000 F, une charrette anglaise pour 400 F, un breach pour 150 F, un dog car, harnais, sellerie pour 360 F, du matériel agricole pour 800 F, huit hectolitres de vin, récolte 1921, pour 1 800 F.
Après la mort de sa mère, en 1963, et le règlement définitif de la succession d’Espinay-Icery, l’année suivante, René prend possession du domaine. Il est le dernier d’Espinay propriétaire du château.
Une forte implication dans la vie locale
Les d’Espinay gèrent les affaires communales pendant plusieurs législatures. Sous la Restauration et succédant à son grand-oncle Luc Gilbert, Nicolas d’Épinay est régulièrement nommé maire par le préfet. Sous la IIIème République, ce sera Gustave, puis son fils Henri, élus et régulièrement réélus entre 1884 et 1919.
Au milieu du XIXe siècle la famille participe financièrement à la fondation d’une école mixte pour accueillir les enfants de la commune. La direction est confiée à Louise Babault, en religion sœur Radegonde, appartenant à la congrégation des
Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus. Laïcisée en 1889 (dix ans après l’école de garçons), l’école de filles continue d’être gérée par les religieuses.
En 1902, alors que l’État ouvre les hostilités contre les congrégations, son statut d’école libre lui permet de poursuivre ses activités. Une séance extraordinaire du conseil municipal, réuni le 3 juillet sous la présidence du maire Henri d’Espinay, rappelle qu’il s’agit d’une « fondation privée et non un établissement religieux fondé par la congrégation dans laquelle le personnel enseignant est recruté en ce moment », tout en insistant sur « les services incontestés rendus par les sœurs depuis plus de 50 ans dans la commune, tant à la classe, qu'auprès des malades ». L’autorisation sollicitée par les sœurs est accordée, si nécessaire, puisqu’elle semble acquise de droit.
De génération en génération, les d’Espinay continuent de soutenir l’école. Dans un brouillon de testament rédigé en septembre 1918, Henri souhaite que l’école de Marçay continue de fonctionner avec les fonds qu’il a reçus, à cet usage, avec son oncle Marcel et sa sœur Geneviève.
Leur participation aux activités communales est indissociable de leur investissement dans la vie de la paroisse. En 1890, Gustave parraine une nouvelle cloche au cours d’une cérémonie mémorable.
Les d'Espinay quittent Marçay
René d’Espinay est seul propriétaire du domaine après le dernier règlement de la succession de ses parents en juillet 1964. Pendant quelques années, le château devient le centre d’une exploitation agricole. En janvier 1970, il est intégré dans la « Société civile immobilière du château de Marçay », fondée avec Marcel Gangnat, installateur décorateur demeurant à Angers. L’objectif de la nouvelle société est la création d’un hôtel restaurant haut de gamme qui ouvre ses portes en 1973 et dont la gestion est confiée à un hôtelier de Saint-Cyr-sur-Loire, Philippe Mollard.
En novembre 1974, René d’Espinay qui n’a aucun héritier, rédige un testament olographe instituant Philippe Mollard son légataire universel. Ce dernier prend possession du château après le décès de René en décembre 1990.
En décembre 2014, l’hôtel est racheté par un homme d’affaires australien, Éric Lucas, actuel propriétaire du domaine.









