Le Bois-Rogue

Philippe BERTON et Sylvette NOYELLE
Janvier 2026

Les références et notes complémentaires ne figurent pas dans les versions numérisées. Contactez-nous pour accéder aux publications complètes.

Sommaire
galerie
No items found.
Sommaire

Introduction

Le domaine du Bois-Rogue est l’héritier d’une importante seigneurie qui, sous l’Ancien Régime, relevait directement du roi, à cause de son château de Loudun.

De nombreux documents que Mme Devaud, actuelle propriétaire, a bien voulu nous communiquer, ont été rassemblés par un autre maître des lieux, passionné par l’histoire de sa demeure, Maurice Bernard.

Mais la recherche historique ne s’arrête jamais.

Ce dossier tentera de rendre plus accessible une riche documentation restée à l’état de friche. Il prendra en compte des références supplémentaires apportées, en grande partie, par les recherches de Sylviane Rohaut dans le cadre de la Société Historique du Pays de Loudunois et rendues plus accessibles grâce aux transcriptions de Philippe Berton. S’y ajouteront, des compléments iconographiques et des éléments issus de recherches nouvelles ou de documents qui n’avaient pas encore été pris en compte.

Il ne se substitue pas au travail très complet déjà réalisé, il le prolonge.

Cette histoire, très partielle, doit pouvoir être précisée, complétée, voire modifiée, grâce à de nouvelles sources d’information. Les archives, publiques ou privées, réservent parfois d’heureuses surprises. Elle n’a ni commencement, ni fin. Elle résume seulement l’état des recherches en décembre 2025

Architectures

L'ensemble de la fin du XIXème siècle

La maison de maître élevée sur trois étages, coiffée d'une toiture en ardoises percée d'une lucarne, le pavillon d’entrée et les communs sont construits au milieu des années 1890. Ils ont remplacé un château dont la trace nous échappe encore largement, mais qui apparait régulièrement dans les actes dont nous disposons, tout au long de son histoire.

La galerie Renaissance

La façade, rythmée de pilastres et divisée en travées verticales associant une arcade sur deux à une fenêtre, comprend au rez-de-chaussée, neuf arcades en plein cintre qui présentent une agrafe à chaque clé.

Un escalier à vis de plan rectangulaire permet d’accéder au premier étage éclairé par des fenêtres à meneau et traverse avec, à l’intérieur, des volets en bois à deux battants.

L’ensemble, qui s’achève par une corniche moulurée interrompue par les fenêtres de l’étage, peut être daté du milieu du 16ème siècle et attribué à Gilles II Sanglier.

Elle est classée Monument Historique le 21 octobre 1970.

La fuie ruinée

Érigée dans un espace de cultures (un jardin en 1838), elle est aujourd’hui intégrée dans une cour de ferme. Encore intacte au début du 20ème siècle (voir photo de couverture), elle n’existe plus qu’à l’état de vestiges.

Un document non référencé contenu dans les archives de la SHPL précise : "L’ensemble s’est effondré après le passage d’un avion militaire. Probablement construit par Jean-Marie Léaud de Lignières".

Hilaire Bouzon dans Colombiers du Loudunais en fait une description d’après photo, alors qu’elle était déjà ruinée (non daté) : « … de pied... Cylindrique, couverte de pierres de taille et calotte sphérique, à lanterneaux à orifice circulaire. 1 lanterne centrale sur 4 colonnettes couverte en calotte sphérique surmontée d’un épi à boule (description d’après photographie). Entièrement écroulé. Probablement 1 500 à 2 000 boulins. Cette fuie était l’une des plus belles de la région".

Le Parc

Il représente, aujourd’hui, 100 ha d’espace boisé entouré par 4 km de murs dont l’entretien a souvent posé problème. Dans un état des lieux du 15 avril 1894, ils étaient jugés en bon état.

Le mausolée

Cette chapelle funéraire privée a été construite en 1921 pour accueillir les défunts de la famille Brillaud-Cacaud. Les cercueils ont été transférés au cimetière de Rossay par Mme Louise Bernard-Brillaud mais le mausolée continue à servir de sépulture pour les propriétaires qui ont suivi.

L'ancien prieuré Saint-Eutrope

Fondation des seigneurs du Bois-Rogue, sur leur domaine, la chapelle de cet ancien prieuré, devenu propriété privée indépendante, ne fera pas partie de cette étude. Seules ses relations avec le Bois-Rogue seront mentionnées ici.

Il est inscrit Monument Historique le 21 octobre 1970.

Quelques jalons chronologiques

XIIème - XVème siècles : les Coué (ou Couhé), premiers seigneurs connus du Bois-Rogue

Dès le 12ème siècle, au moins, on peut supposer une première demeure féodale avec cette lignée de chevaliers, régulièrement mentionnés comme seigneurs du Bois-Rogue dans la généalogie de Beauchet-Filleau, à partir de Rorgue 1er, contemporain d’Aliénor d’Aquitaine.

Dans la longue liste de ses successeurs, tous seigneurs du Bois-Rogue, nous retiendrons son fils Jédouin (ou Jodoin), fondateur, avec ses enfants, du prieuré du Bois-Rogue dédié à saint Eutrope, qu’il donna, en 1199, à l'abbaye cistercienne de Bonnevaux située à Marçay.

Rorgue II qui confirma en 1201, avec sa femme, la fondation du prieuré et que l'on trouve, vers 1213, dans la liste des chevaliers bannerets de Touraine servant dans l'armée de Philippe Auguste.

Aimery, sous lequel fut rédigée, en 1315, la plaquette du droit de minage pesant sur toutes les marchandises vendues dans toute la ville et banlieue de Loudun.

Dès 1060, cette taxe était perçue par les seigneurs de Bauçay, particulièrement bien possessionnés à Loudun, avant de passer entre les mains des seigneurs du Bois-Rogue. Source de profits importants, elle s’appliquait à toutes les marchandises exposées à la vente dans les limites de la ville - blé, pain, vin, huile, beurre, fromage, œufs, chevaux, bœufs, bois, peaux, etc. Elle pesait lourdement sur « les bleds » en raison de l’importance des transactions, en ce pays de riches cultures céréalières, et d’une perception en nature, sur laquelle la dévalorisation de la monnaie ne pouvait avoir d’effet. Seuls quelques établissements religieux échappaient à cette perception… quelques jours par an. Malgré son impopularité et les différentes tentatives des élus loudunais pour se débarrasser de ce droit, les seigneurs du Bois-Rogue réussirent à maintenir sa perception jusqu’à la Révolution.

Jean, écuyer, fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Verneuil en 1424. Il meurt peu après, sans descendance masculine.

Le mariage de sa fille Isabeau fait passer le Bois-Rogue (avec le droit de minage) dans la famille Sanglier.

XVème - XVIème siècles : le temps des Sangliers

Dans la première partir du 15ème siècle, Jean IV Sanglier fils de Guillaume, seigneur d’Exodun (aujourd'hui Exoudun, dans les Deux-Sèvres) devient, par son mariage, seigneur du Bois-Rogue. Le sanglier de sable, à la défense d’argent, sur fond d’or remplace les merlettes.

Ce mariage est à l’origine des nombreuses branches de la famille Sanglier dans le Loudunais (Joué, La Bâtie, Nué, Haut-Vouguet).

De Charles VII à François 1er, on retrouve les Sanglier du Bois-Rogue au service des rois de France. Parmi eux, on peut citer Joachim, député aux États généraux de Tours, sous Charles VIII, en 1484 et Gilles II, grand serviteur de François 1er qui lui aurait confié la garde de Maximilien Sforza après Marignan et la confiscation de son duché.

Raconté par son presque contemporain, François Le Proust (1548-1615), cet épisode oblige à se poser la question de la demeure dans laquelle il fut accueilli et qu’il trouva si agréable.

On songe à un véritable château auquel Gilles II aurait ajouté la galerie Renaissance. Selon le site de la ville de Lyon, Maximilien serait mort à Lyon, où il a longtemps séjourné, en 1530.

Cité dans les recherches de la famille Cacaud, l’aveu de 1446, rendu par Jean V Sanglier au roi René d’Anjou** évoque cette demeure seigneuriale : « Mon hostel dudit lieu ainsi que le tout se poursuit, comprant et comporte en maison, hébergement, granges, roches, cours, clayons, fuye… » et c’est bien un château qui figure sur la carte de Cassini, dans la seconde partie du 18ème siècle.

XVIème - XVIIIème siècles : les barons d'Argenton, seigneurs du Bois-Rogues

Devenus seigneurs du Bois-Rogue par mariage, les Sanglier, sans héritier masculin, s’effacent avec un autre mariage. Le 4 août 1559, Renée, fille aînée de Gilles II Sanglier, épouse Claude de Châtillon, baron d’Argenton (79).

Selon Beauchet-Filleau, les Châtillon appartenaient à « une maison très ancienne et très illustre » dont une branche était venue se fixer en Poitou au 15ème siècle où elle a longtemps possédé des fiefs importants, notamment la baronnie d’Argenton.

En 1647, bien que grands seigneurs richement possessionnés, les Châtillon se virent confisquer les revenus du Bois-Rogue à la suite d’une saisie. Pour faire appliquer cette décision, le fermier Jacques Bernier, bénéficiaire de ce bail judiciaire, doit faire appel à un procureur spécial, Jacques Monsigot, « écuyer au régiment des gendarmes de la reine » qui se déplaça spécialement de Paris à Loudun pour tenter de faire appliquer la sentence. Comme Jacques Bernier avant lui, et malgré plusieurs heures d’attente, il se heurta à des portes closes, aussi bien celles du « chastel », que celles des demeures des fermiers et métayers.

Bien que très peu présents au Bois-Rogue, les Châtillon ne négligèrent pas totalement leur château. En novembre 1688, devant un notaire de Loudun, « très hault et puissant seigneur Mre Claude Illezard (sic), comte de Chastillon, seigneur d'Argenton, du Bois Rogues et autres lieu, demeurant en la ville de Paris » passa un marché avec un couvreur loudunais, Louis Poupineau, « couvreur de maisons et picardoize », pour « réparer et mettre en estat [...] toutes les couvertures à ardoize et thuille platte du chasteau et fuye dit lieu ». L’accord fut « fait et passé au chasteau du Boisrogues ». Ledit Poupineau s'engageait à entretenir les couvertures pendant sept ans.

Les Châtillon se sont localement illustrés par le conflit très dur qui les opposa aux autorités municipales, à propos du droit de minage. En 1693 et 1694, ces dernières n’hésitèrent pas à contester la légalité de certains prélèvements « quand iceluy bled n'est exposé en vente publique en minage d'icelle », voire le principe même d’une perception seigneuriale alors « que le prétendu droit de minage usurpé par M. de Chatillon3F devait appartenir au Roi comme seigneur de Loudun ».

Sans doute pressé par ses propres créanciers, Claude Elzéard de Châtillon ne recula devant aucun moyen pour faire respecter ses droits. En 1686, il fit appel à la troupe pour intimider les boulangers récalcitrants à payer la taxe de quatre deniers par vingt sols de pain vendu, auquel le parlement les avait condamnés deux ans plus tôt, ni à faire saisir et vendre, à titre d’exemple, les meubles de quelques-uns d’entre eux. En 1694, il fit saisir les « deniers d’octrois », puis, l’année suivante, la batterie de cuisine et la vaisselle du maire perpétuel de Loudun, Charles Montault, sieur de Beaurepaire.

De leur côté, les Loudunais espérèrent s’attirer la sympathie des juges du parlement par une judicieuse distribution de chapons, fleuron de la gastronomie locale. Jean Marie Léaud de Lignières, procureur du roi, chargé des intérêts de la ville, s’acquitta scrupuleusement de sa tâche comme il l’écrivit, le 30 janvier 1681, à M. Diotte, procureur syndic de Loudun : « Je vous dirai, Monsieur, que je ne manquerai pas de faire la distribution comme vous me le marquez, de la flotte de chapons que l'on envoie ; si le secrétaire de M. le rapporteur avait été ici dans le temps que les chapons arriveront, je lui aurais envoyés ceux que l'on me destine. Si on veut lui en donner, on le peut faire, cela fera bon effet, mais il les faut bons. »

Les magistrats parisiens apprécièrent sans doute les chapons mais la ville perdit quand même ses procès. En mars 1700, un arrêt du parlement condamna les habitants à payer au seigneur du Bois-Rogue différentes sommes pour « non jouissance de droits de minage, ventes, levages et autres ». Jean-Marie Léaud de Lignières avait eu tout le loisir de mesurer l’importance des profits générés par ce droit de minage dont la perception était désormais judiciairement garantie. Quatre ans plus tard, en 1704, il acheta le Bois-Rogue au même Claude Elzéard de Châtillon et le perçu désormais pour son propre compte.

XVIIIème siècle : des Léaud de Lignières aux Menou

Véritable rupture dans l’histoire du Bois-Rogue, la vente de 1704 met fin au long processus de transmission familiale commencé, avec les Coué, à l’époque médiévale

Le 22 octobre 1704, en présence du notaire et de témoins, il prit officiellement possession « réelle, corporelle et actuelle » de son acquisition, « allant et venant par celle-ci, ouvrant et fermant les portes et fenêtres de ladite maison, remuant la terre, rompant les branches des arbres dans le parc et y faisant tous autres actes de vrai et légitime seigneur propriétaire ».

Le 18 novembre suivant, en présence d’experts agréés, en accord avec le comte de Châtillon, une visite complète de la propriété, « chasteau, maisons et métairie, parc, bois et appartenances de la terre du boisrogue » fait état d’un délabrement général. Il est question de milliers d’ardoises et de tuiles nécessités par les différentes couvertures, de murs à refaire ou à réparer, de portes rompues, de milliers de clous à acheter, etc.

Jean-Marie Léaud de Lignières, conseiller et procureur du Roy aux sièges royaux de Loudun, seigneur de Basses, d'Andilly (37) et du Bois-Rogue, épouse Marie-Louise Montault le 6 juin 1685 à Paris. Leur fille, Marie-Louise, dame du Bois-Rogue, Basses, Bois-Preuilly, tierce partie de la baronnie de Baussay épouse quant à elle son cousin (fils de Claude-Marie Montault et René de Menou), René-Charles, marquis de Menou, chevalier, seigneur de Boussay, Genilly, les Roches Saint-Quentin, Chambon et autres lieux.

Leur petite fille Elisabeth épouse Armand Gabriel Charles Dujon, fils du baron des deux tiers de Boussay.

Pour cette éminente famille qui vivait à Boussay, le Bois-Rogue était un simple domaine de rapport. Lors de leurs séjours en Loudunais, les dames de Menou résidaient dans leur hôtel de la rue Sèche (rue Marcel-Aymard), ancienne maison des abbesses de Fontevraud, achetée à l’abbaye au cœur de l’été 1681, par Claude Morisse, veuve de Pierre Léaud de Lignières, père de Jean-Marie. Il avait été agrandi et mis au goût du jour, au milieu du XVIIIème siècle, par Louise Léaud de Lignières.

Le 4 décembre 1767, c’est depuis cet hôtel qu’elle régla une rente de deux boisseaux froment due au prieuré de Notre-Dame-du-Château.

En 1781, Élisabeth Dujon chercha à vendre le Bois-Rogue. Faut-il y voir un lien avec le projet d’abolition du droit de minage qui risquait de mettre fin à une importante source de revenu du domaine ?

La vente se fit le 3 juillet 1792, au bénéfice de Joseph Roy, bourgeois de Paris, moyennant 43 000 livres. Il revendit le domaine, le 18 juillet 1793, à Henri Riboulé, demeurant à Paris, et à Adélaïde Fellavel, sa femme. Elle était veuve en juillet 1811, lorsqu’elle et ses deux filles, héritières de leur mari et père, cédèrent à leur tour le Bois-Rogue à Simon-Gabriel Canuel.

Le temps des Canuels et de leurs descendants

Originaire d’Eure-et-Loir, la famille Canuel s’installe en Loudunais avec le mariage de Simon Gabriel (1734-1820) avec Louise Marguerite Avril (1747-1820), descendante d’une vieille famille loudunaise. Il est notaire et régisseur du domaine de La Mothe-Chandeniers au moment de la naissance de son fils Simon, en 1767. Il connaît bien le Bois-Rogues dont il se porte acquéreur le 17 juillet 1811 pour en être le fermier « depuis plus de vingt années ». Il habite d’ailleurs à proximité, à La Jaltière. Au moment de la vente, il est représenté à Paris par son fils Simon, général de division, lui-même domicilié dans la capitale.

L'acte de vente évoque, sans plus de précisions, « un manoir avec tous les bâtiments nécessaires à l'exploitation et débris d'un vieux château ».

Par le jeu des successions, plusieurs familles vont se succéder au Bois-Rogue. Le propriétaire le plus marquant est certainement le général Simon Canuel qui hérite du Bois-Rogue à la mort de son père, en 1820.

La carrière tourmentée d’un fils de la Révolution

Sa formation militaire commença au crépuscule de l’Ancien Régime, en 1787, lorsque le jeune Simon Canuel - il n’avait pas encore 20 ans - entra comme simple soldat au régiment de Limousin-Infanterie.

Lieutenant au 1er bataillon des Volontaires de la Vienne en 1791, sous-lieutenant élu au 70èmerégiment d'infanterie, en 1792, il se distingua particulièrement l’année suivante, lors de la prise de Doué-la-Fontaine, destinée à protéger Saumur menacée par « l’armée des brigands* ». Le 30 septembre 1793, à moins de 26 ans, il fut nommé général de brigade à l'armée de l'Ouest, et deux mois plus tard, général de division à l'armée des Côtes de Brest.

Malgré ses demandes réitérées d’être intégré à l’armée d’Italie, sa carrière se poursuivit dans le grand Ouest encore troublé (Vendée, Bretagne, Berry). Il venait d’obtenir satisfaction, en août 1797, lorsque deux mois plus tard, dénoncé comme royaliste, il fut suspendu de ses fonctions. Il regagna sa maison de Loudun jusqu’à sa remise en activité, par Napoléon, le 24 mars 1805.

Nommé gouverneur général de la Westphalie à Munster, en février 1807, il fut une nouvelle fois disgracié l’année suivante, à la suite d’un différend avec le ministre de la guerre.

Réintégré après les Cent Jours, pendant lesquels il avait rejoint La Rochejaquelein, dans l’Ouest, il fut élu député ultra-royaliste de la Vienne, en 1815, puis nommé commandant de la 19ème région militaire à Lyon, en mars 1816. Il devait s’y illustrer dans la répression brutale d’une insurrection que certains l’accusèrent d’avoir contribué à fomenter. Il fut effectivement déplacé mais nommé baron par ordonnance royale du 18 juin 1817.

Il participa encore à l’expédition menée en Espagne, en 1823, pour aider au rétablissement du pouvoir du roi Ferdinand VII menacé par les libéraux, avant d’être définitivement mis à la retraite par la Monarchie de Juillet à laquelle il avait refusé de se rallier. En 1830, il regagna sa maison de la rue du Relandais dans laquelle il devait mourir dix ans plus tard.

Des Charcelay de La Roberdière aux Delavau

Transmis par les femmes, le Bois-Rogue entre dans le patrimoine de deux familles nouvellement loudunaises.

Les Charcelay de La Robèrdière sont arrivés en Loudunais en 1818, par le mariage d’Achille avec Esther Moreau dont la famille habitait Le Bouchet. Il appartient à une famille de militaires : au moment de son mariage, Achille, domicilié à Loches, est « capitaine de cavalerie » et son père, François-Léon, « capitaine de gendarmerie ».

En 1844, l’ancrage se consolide avec deux nouveaux mariages, celui de leur fils Jean Achille avec Marie-Blanche Canuel, petite-fille du général, puis, en 1875, celui de leur petite-fille Blanche avec Guy Camille Delavau.

Originaires de Doué-la-Fontaine, les Delavau, après une belle ascension sociale en Saumurois, se sont installés en Loudunais à partir de 1845, par le mariage de Paul Achille avec Marie Ernestine Lesage, dont les parents étaient propriétaires de l’ancienne commanderie de Loudun. Elle apportait aux Delavau « la maison et propriété de Rabatté » (Roiffé) que le couple transforma en véritable château.

Si les Delavau vendent rapidement le Bois-Rogue, les Charcelay de La Roberdière en avait fait durablement leur résidence.

Le 25 octobre 1868, Marie-Blanche décéda « dans sa maison du Bois-Rogue », à 43 ans, un an avant son beau-père, Jean Achille Charcelay de La Roberdière, 86 ans. Armand Léon, fils du couple Charcelay-Canuel y était né le 15 janvier 1861. Son frère ainé Maxime Antonin, né le 15 mai 1855 rue du Relandais, sans doute chez sa tante Sophie Clotilde, héritière de l'hôtel Canuel, s'intéressa vivement à la chapelle du prieuré Saint-Eutrope devenu ferme familiale. M. Bernard rapporte qu’il y fit entreprendre des fouilles « sous la direction d’une somnambule extra-lucide qui prétendait qu’un trésor y était caché ». Il ajoute « On ne trouva que des ossements et le cercueil en plomb d’un enfant ».

Le court passage du Bois-Rogue dans la famille Delavau marque un tournant dans l’histoire du domaine avec l’arrivée d’une nouvelle dynastie de propriétaires qui nous conduira jusqu’à la fin du 20ème siècle.

Des Allote aux Bernard

Le 15 juillet 1844, Henri Allotte, 30 ans, fils du maire de Saint-Laon, avait épousé Désirée Charcelay, 25 ans, fille du maire de Mouterre-Silly, domicilié au château de Baussay où le couple s’installa. C’était toujours le domicile officiel d’Henri Allotte en 1884, au moment de son décès. C’est également à Mouterre que fut inhumée son épouse décédée en 1891.

Née à Baussay, leur fille Marie-Louise, dont l’époux Richard Cacaud fut maire de Loudun de 1896 à 1903 et conseiller général du canton de 1898 à 1904, hérita du Bois-Rogue. À partir du tout début du 20ème siècle au moins, ce sera le domicile officiel du couple dont le chef de famille est porté, dans les recensements de 1901 et 1906, comme agriculteur puis rentier.

Le 15 juin 1904, c’est à Rossay que leur fille Louise Henriette épousa Jacques Henri Brillaud, docteur en médecine à Bressuire et fils de docteur en médecine.

Le couple Brillaud-Cacaud s’installe à Bressuire où naît leur fille Louise, mais on le retrouve au Bois-Rogue en 1921. Les deux seront enterrés au Bois-Rogue. Richard Cacaud agrandit le domaine avec l’achat de la ferme du Bois (1886) et celle du Prieuré (1892).

C’est à Rossay que Louise Brillaud (1904-1996) épousa Maurice Léon Bernard (1903-1993) le 16 avril 1928.

Le Bois-Rogue entrait ainsi dans la famille Bernard que des carrières, souvent prestigieuses, retenaient loin de Rossay.

Désormais, les grands évènements familiaux auront lieu loin du domaine loudunais ramené au rang de résidence secondaire.

Un mariage eut encore pour cadre le Bois￾Rogue et l’église de Rossay, le 3 juin 1967 : celui de Jean Bernard, fils de Maurice, avec Françoise Ichac dont la famille habitait rue du Château à Loudun

En 1998, Le Bois-Rogue changea de propriétaire.